Du vélo et des idoles

Après notre petite escapade sur les routes argentines, nous avons posé nos bagages à Salta. La vieille ville coloniale se remplissait doucement car la fête du Senor et de la Virgen del Milagro approchait.
Comme on était à cinq jours de la grande célébration, nous avons décidé de partir faire un petit tour vers la ville de Cafayate.

On a laissé nos sacs à l’hôtel de Salta puis sommes montés dans un bus de la si bien nommée compagnie « El Indio ». Et pour le coup les bus ressemblaient effectivement à l’image qu’on se fait des transports en Inde. Le tas de ferraille n’avait pas d’âge. C’était un patchwork de métal tordu. Tout était rafistolé, rien ne tenait debout et même les vitres perdaient leurs joints. On se laissa bercer par les ondulations du bus, et quelques heures plus tard nous étions arrivés dans le petit village de Cafayate.

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Quand une jeune femme nous aborda à la sortie du bus en nous proposant une chambre avec salle de bain, à moitié prix des hôtels les moins chers d’Argentine, on se méfia mais l’offre était trop belle pour ne pas nous attirer. Elle nous expliqua en revanche que tout n’était pas fini dans l’hôtel.

Comme on avait tout notre temps et qu’on était curieux, on se dirigea vers cette adresse atypique.
Après s’être perdu en chemin, on arriva finalement dans un jardin en plein travaux. La terre était retournée, les piliers métalliques jaillissaient du sol et des enfants jouaient par terre. On nous amena vers un bâtiment de béton au fond du jardin. Il y avait là trois chambres d’hôtel, finies depuis trois mois. Tout était propre, et comble du luxe on nous apporta même le petit déjeuner dans la chambre.

Nous allions discuter avec la gérante de l’hôtel quand un petit garçon s’approcha de nous et en exhibant deux raquettes de ping-pong. Il demanda à Blandine si elle voulait jouer. Blandine accepta et le petit garçon sortit de sa poche une balle de tennis.
Ils s’éloignèrent un peu et se mirent dans une allée bétonnée. Après quelques hésitations, ils trouvèrent un moyen de tenir quelques échanges en faisant rouler la balle par terre, dans un jeu à mi-chemin entre le croquet et Pong. Blandine n’eut pas le temps d’écraser le gamin à ce jeu car, me voyant arriver, il s’arrêta tout net et reprit les raquettes.

A 10 heures du matin, le lendemain, un autre bus nous déposa à trente kilomètres du village. On sortit les vélos de location des soutes, et nous n’avions plus qu’à revenir au village en longeant les superbes paysages de la Quebrada de las Conchas.

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On parcourut ces paysages magnifiques sous un soleil de plomb. Les vélos, pour une fois, étaient en bon état, et il nous fallut cinq heures pour rejoindre la ville.

Le soir en rentrant, on se posa dans un restaurant touristique pour manger une viande grillée. On choisit tous les deux un bife de chorizo, qui a la réputation d’être la meilleure pièce de boeuf Argentin, et pour la première fois on saisit la véritable qualité de cette viande. C’était un peu comme atteindre le paradis des carnivores.

Le lendemain soir, après une journée de repos dans le village, nous repartions vers Salta. Le voyage, bien que n’étant que de quatre heures, sembla durer une éternité tant le bus était vieux, les enfants agités et la chaleur étouffante.

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Salta a la réputation d’être la capitale des empañadas. Pourtant j’ai découvert que la véritable spécialité n’était pas celle qu’on croyait. A  chaque coin de rue, de petit vendeurs produisent un pop-corn caramélisé d’une qualité extraordinaire et pour un prix totalement ridicule. Il n’y a pas un seul petit vendeur qui le rate. C’est toujours parfait et on en trouve à toute heure. Pendant toute la semaine que nous avons passé dans la ville, j’en ai mangé midi et soir et je peux garantir qu’il y a un savoir faire unique dans le monde qui mériterait qu’on attribue à ces artisans le titre de Patrimoine Mondial de l’Humanité déjà tellement galvaudé par l’Unesco.

Pendant toute la semaine précédent les festivités, les catholiques se postaient sur le parvis de la cathédrale. Il y avait de tout, des jeunes, des petits couples, des vieux, des racailles,  tous debout, un missel à la main entrain de lire en silence jusqu’à des heures tardives.

A l’intérieur, les gens faisaient la queue pour fleurir les idoles immenses installées de part et d’autre de l’autel. Des hommes priaient à genoux dans les petits hôtels latéraux, et pendant l’office auquel nous avons assistés, les gens se bousculaient pour prendre la communion, les files disparaissaient, et c’était la guerre pour atteindre le calice. La cathédrale était remplie. Il n’y avait plus de place, plus d’espace. Les gens s’entassaient dans les couloirs, nous étions cloisonnés derrière des poteaux qui nous cachaient la vue.

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Sur les côtés de la cathédrale, des files d’attente étaient installées pour que les gens attendent leur tour afin de pouvoir être confessé par un prêtre parmi la dizaine qui donnaient le pardon à la chaîne.

A la fin du week-end, les premières festivités commencèrent, avant l’apogée prévue pour le mardi.

Le lundi, pendant toute la journée, les pélerins arrivaient du Pérou, de Bolivie et des régions avoisinantes. Chacun des groupes portait une petite reproduction de la vierge del Milagro et une autre du Senor. Les badauds s’en approchaient pour les embrasser.
Les pélerins étaient escortés jusqu’à la cathédrale, pour se prosterner et faire des offrandes à la Virgen et au Senor.
Profitant d’un petit passage dans la foule, nous avons réussi à y entrer.
On eu bien du mal à ressortir de l’église. La foule s’était refermée et obstruait les sorties. Les pélerins, n’arrivaient plus à cacher leur fatigue, malgré les boules de coca, grosses comme des balles de tennis, qui gonflaient leurs joues. L’un d’eux vomi toutes ses tripes sur le seuil de la cathédrale, pendant que nous attendions une opportunité pour nous échapper.

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Le lendemain matin, la ville était en ébullition. Assis à une terrasse d’un restaurant de la place principale, les mendiants et les vendeurs ambulants nous harcelaient pour vendre des chapelets et des petits drapeaux. Ils nous demandaient aussi si ils pouvaient manger une de nos empañadas ou bien finir nos plats. L’expérience des jours précédents nous avait permis de le prévoir, alors on avait pris suffisamment de nourriture pour en donner. Aux tables proches de la notre, les gens offraient leurs boissons, leurs pizza. Les enfants mendiaient les mains chargées de nourriture et la peau noire de saleté.

Vers 16 heures, la place fut envahie par les pèlerins et un immense cordon de policier en faisait le tour pendant que des haut-parleurs diffusaient des prières en boucle. La foule se pressait pour voir l’entrée de la cathédrale. C’était une cohue monumentale qui, selon les journaux du lendemain, comptait 50.000 personnes.

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Puis au moment tant attendu, d’immenses statues représentant le Christ “Señor del Milagro” et la Vierge étaient extraites, précédés d’une tout aussi imposante croix. La fanfare n’arrêtait pas de jouer,  les carillons sonnaient et les pompiers faisaient hurler leurs sirènes pendant de longues minutes. La foule agitait des drapeaux et des mouchoirs, et tous les regards étaient fixés vers ces chars qui allait promener la trinité dans toute la ville.

Quand toutes les statues furent sorties de la cathédrale, la place se vida doucement. La procession devaient revenir deux heures plus tard vers la cathédrale. Les gens se dirigèrent doucement vers la fête foraine située un peu plus loin, dans un parc en centre ville.
Il y avait là un lac pour faire du pédalo, dans lequel les sacs plastiques flottaient et les canards péchaient. On s’acheta quelques gâteaux bien gras, puis on profita de l’ambiance quelque peu anarchique de cette fête.

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Vers 18 heures on retourna sur la place. Les idoles revinrent, mais nous n’arrivions pas à avancer plus loin que le centre de la place. Alors on resta un peu en retrait puis on retourna vers notre hôtel.

Sur la semaine qu’on a passé à Salta, on s’est pas mal reposé et on s’est laissé doucement malmener par le bazar ambiant qui rappelle les proches voisins que sont le Pérou et la Bolivie.

De là, on a pris de nouveau un bus de nuit pour 16 heures de trajet. Pour une fois on était à l’étage supérieur, et pour la première fois on a eu pour compagnons de voyage des cafards qui se promenaient à côté de nous.

On arriva à Posada, une petite ville au climat subtropical. On approchait des chutes d’Iguazu, mais avant tout il fallait qu’on visite les missions jésuites.

5 Commentaires

Classé dans Argentine

5 réponses à Du vélo et des idoles

  1. Jess

    On nous appâte aves des histoires de popcorn mais moi tout ce que je vois au final c’est des glaces, des glaces et encore des glaces….

  2. lucile borie

    [ (outre bien entendu le délicieux pop-corn dont "Jess"à l'eau à la bouche (.... je le comprends!!!).........houlala ça doit être bon !!!!]

    Vraiment cela devait être émouvant à voir ; ce pèlerinage, cette fête de Marie est assez inaperçue en France ; mais tout de même fêtée. Vous avez de la chance d’avoir vu ça. Ce post manque un peu de dates car le 8 /09 c’est la Nativité de la Vierge et le 14/09 la Croix Glorieuse ?
    En tout cas ce post est MAGNIFIQUE
    bises
    lucile
    EN TOUTE OBJECTIVITE

  3. Arlette Marty

    Je me suis régalée à la lecture de toutes vos aventures ; c’est un peu “gonflée”de partir en Amérique du sud sans parler espagnol !
    Tout se lis facilement et agréablement, on attend la suite, c’est vraiment très bien écrit. On retrouve un peu du grand talent de Jacques dans tes veines?
    Bravo à tout les deux , Arlette de Pujols qui vous envie beaucoup.
    ET A BIENTÔT LA SUITE
    Je vous embrasse tout les deux.
    Arlette

  4. Maria-Rita

    pour être plus precise le 8 fête de la nativité de la Sainte Vierge , 14 la Sainte Croix en Italie c’est très fêté et populaire ;les gens sont la pour prié et fête la Sainte Vierge et rassurez vous, il y a des bonnes choses aussi à dégusté aussi .
    Bonne continuation revenez en bonne forme et plein de joie.Arrivederci ;vi abbraccio

    Maria Rita

  5. Isabelle

    Ouah, les barbes-à-papa !!!!!!!! idoles, idoles, (juron censuré ;) on t’a pas élevé comme ça (juron censuré); néanmoins c’est fort intéressant.

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