Road trip et momies

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Boire où conduire, il faut choisir dit le slogan. Comme ces derniers temps on a beaucoup bu, et comme nos familles commencent à s’inquiéter de l’état de notre foie, nous avons décidé de quitter l’alcool pour une voiture.

Après notre départ de Mendoza, nous avons pris le chemin de la petite ville de San Juan. Là-bas nous n’avons pas séjourné, mais à peine arrivé, nous nous sommes précipités chez Avis pour louer une voiture.

C’est une vieille Chevrolet toute neuve qui nous a été prêtée. Une voiture sans option, sortie d’un voyage dans la temps. Il y avait des remontes-vitres manuels, pas de poignées au dessus des portes, pas de fermeture centralisée et encore moins de télécommande. Il y avait ses sièges, un moteur, un volant et c’était suffisant.

En Argentine, et en particulier dans les petites villes, les feux de circulations sont rares, les panneaux stop ne servent à rien et la priorité à droite est classée dans le cerveau des argentins entre le Père Noël et les contes de Grimm.

C’est donc avec une certaine appréhension que j’ai quitté le centre ville de San Juan. Les piétons traversaient dans tous les sens, j’étais trop discipliné et moi qui avais appris à conduire à Paris, j’ignorais qu’un jour j’aurais du mal à passer un carrefour.

Quand la ville fut derrière nous, tout redevint plus agréable. Les paysages de pampa commençaient à défiler et, faute de bornes kilométriques, les chiens écrasés au milieu de la route offraient un peu de régularité.

Plus on s’enfonçaient dans les plaines, moins les chiens morts jonchaient nos pas. Ils étaient progressivement remplacés par les cadavres de chevaux et de vaches qui, eux, avaient eu le bon goût de se décaler sur le bord de la route. Nous pouvions voir par moment, sur le bas-côté, des amas de vautours occupés à dépecer un cheval très fraîchement trépassé.

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On fit une halte dans un petit bourg, car dans l’empressement matinal, nous n’avions pas prévu de déjeuner. Un sympathique épicier, aux ongles sales et aux dents disparues, nous proposa de nous faire des sandwich. Il sortit quatre tranches de pains épaisses, nettoya sa trancheuse à jambon avec une lame de couteau sur laquelle s’agrégeaient des restes de viande rouge, puis coupa jambon et fromage.

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Après trois heures de voyage, on arriva dans un petit village. San Augustin de Valle Fertil, sa station service, sa place principale et ses hôtels.

De là on se rendit le lendemain pour visiter les célèbres parc nationaux à une centaine de kilomètres du village.

Le matin on se rendit à celui connu sous le nom original de « Vallée de la lune ». Comme son nom l’indique, ce parc est supposé nous faire voyager dans les rêves et nous donner l’impression de marcher sur la lune.

La pesanteur, la végétation et le ciel bleu ont tendance à nous ramener sur terre, mais les paysages sont très beaux.

La visite se fait en convoi d’une trentaines de voitures précédé de celle du guide.

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Au début, les touristes argentins, écoutaient avec passion les explications géologiques du guide, mais rapidement la concentration s’évapora. Ils sortirent les Mate, les thermos. Certains laissaient la musique dans la voiture, et d’autres passaient du temps à fumer leurs cigarettes.

L’après-midi arrivant, on se dirigea rapidement vers le parc de Talampaya.

Là, ce n’est plus la vallée de la lune, c’est les canyons, rouges et abrupts dans lesquels on serpente. Il y avait une faune riche, des condors, des renards, des oiseaux à houpettes et toutes sortes de bestioles dont je suis incapable de retenir le nom. Mais une chose est sur, il y en avait beaucoup.

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En fin de journée on rentra à Valle Fertil, après cette journée épuisante. On se trouva un petit restaurant bon marché puis on rentra nous reposer.

Le lendemain, on refit le chemin inverse en direction de San Juan, les chevaux morts, puis les chiens de plus en plus nombreux et après deux heures et demi on arriva.

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C’était la fin de matinée. Nous avions le soir un bus pour Salta, et nous nous retrouvions lâchés dans la ville, avec chacun vingt kilos de bagages et nulle part où les déposer. On négocia à la gare routière pour y laisser nos bagages jusqu’au départ du bus,  et quand on en fut soulagé on partit visiter la ville.

Il y a à San Juan un musée surprenant. Surprenant tout d’abord car il est installé le long d’une autoroute, coincé entre deux garages automobiles. Mais surtout surprenant parce qu’il possède cinq momies découverte dans la région depuis les années soixantes. Cinq momies magnifiques et dans un état de conservation extraordinaire. Pourtant ces momies sont gardées dans des présentoirs en bois et en verre, sans climatisation, sans contrôle de température, et avec pour unique moyen de conservation, un sachet anti-humidité, posé à côté des pieds.

Les panneaux explicatifs sont faits en papier crépon, avec des photos posées dessus. La colle bave, les étiquettes tapées à la machine sont de véritables antiquités.

La visite puis le retour en centre ville, nous prit un bon bout d’après-midi. On passa ensuite la soirée dans le même bar ou nous avions mangé le midi, puis on prit un taxi pour retourner au Terminal de bus.

Il était dix heures passées et quand le taxi, au lieu de se rendre au terminal en centre-ville s’engouffra sur l’autoroute, Blandine et moi avons commencé à nous inquiéter. Il roulait vite et faisait semblant de ne pas comprendre ce qu’on lui disait. On partait dans une direction inconnue, avec un type à l’avant qui se foutait visiblement de nous. Soit il nous faisait faire un tour pour faire tourner le compteur, soit il nous emmenait ailleurs, et dans ce cas là, c’était franchement flippant. On n’en savait rien et on commençait à s’échauffer. Alors par réflexe, on fit un véritable scandale, on agitait les bras, on parlait fort, on le harcelait par un flot de mots ininterrompu, et finalement il fit semblant d’être désolé de s’être trompé et  nous ramena au terminal de bus.

Voyant notre état d’énervement, il n’osa pas nous demander de payer, mais on lui donna ce que valait la course normale, parce qu’on est pas trop vache.

On embarqua à l’heure dans le bus pour Salta, à l’étage inférieur, ça sentait la maladie, les pieds et la sueur, et il faisait trop chaud. Comme toujours.

3 Commentaires

Classé dans Argentine

3 réponses à Road trip et momies

  1. Jess

    Incoryable ce champs de boules de flipper !

  2. Nadine

    j’avais pensé à un jeu de pétanque préhistorique ! alors les voyageurs même pas une explication locale du type interplanétaire pour rigoler …

  3. Isabelle

    Pas de photo de momie ? :-(
    Bon, on est content quand même de savoir qu’elles existent !

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