7 juin 2009...04:21

Ajout photos : Des psychoses et le bon air des montagnes

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Assis sur la grande terrasse couverte de notre hôtel à Vilcabamba, on profite de notre dernière journée en Equateur. Autour de nous quelques backpackers allemands, dont les dreadlocks trop blondes jurent avec leur visages mal dégrossis, mangent quelques crêpes en regardant les montagnes verdoyantes qui nous entourent.

Après notre départ de Guayaquil, nous avons fait une escale à Cuenca.

HotelVilcabamba

Nous avions décidé de contrôler les pulsions qui nous poussent à visiter avec un systématisme pervers toutes les petites églises et les musées vides. Ce n’était pas simple. Il y a des églises partout dans la ville. A chaque fois nous devions garder la tête droite pour ne pas regarder à l’intérieur. Nos jambes tremblaient, on perdait notre contrôle, notre vue se troublait et on accélérait le pas.

Les seules exceptions, les seules rechutes, furent pour la cathédrale de marbre dominant avec lourdeur le centre de la ville et pour le musée du Banco Central, considéré comme l’un des meilleur du pays. Et puis on a craqué devant le musée du Panama aussi. Tout le reste du court séjour Cuencanais fut réservé pour flâner et vivre au rythme des équatoriens.

FemmeCuenca

Comme eux, nous allions acheter des fruits au Mercado Central, où une odeur tenace de viande crue donnait la nausée à Blandine. Puis nous y mangions quelques poissons frits douteux sur une table en plastique jaune, assis en face d’une vieille dame qui décortiquait une aile de poulet à l’aide de ses ongles noirs. Une glace à la main, nous repartions vers la place centrale pour regarder quelques jongleurs de rue faire leur numéro.

BallonCrevéCuenca

Notre auberge était une petite bâtisse de trois étages construite autour d’un large escalier. Au dernier étage nous disposions d’une grande chambre de trois lits et il nous fallait traverser le pallier pour nous rendre à la salle de bain. L’auberge était désertique, le silence flottait dans l’air chaud et fainéant des fins de matinées. Rien n’aurait pu briser cette plénitude. Rien sauf l’angoissante petite gardienne.

Elle errait dans les étages, toujours proche de notre chambre, une pomme entamée à la main. Elle  nous surveillant d’un regard en coin insistant et quand nous lui posions une question pour rompre le silence pesant, elle parlait pendant de longues minutes, la voix rieuse cachée derrière sa main.

J’ai définitivement flippé quand, en sortant de la douche la serviette autour de la taille,  je vis le bout de ses pieds dépasser de l’escalier montant au grenier. Intrigué, je me penchais discrètement et la vit debout, le corps plaqué, dos à la porte, immobile. Elle ne me voyait pas, elle ne faisait rien, elle était là, une pomme à la main.

De Cuenca nous sommes reparti en bus pour Loja. C’est un trajet classique de cinq heures qui n’avait aucune raison de nous empêcher de dormir. Mais les journaux nous apprirent que la ligne que nous devions emprunter avait été attaquée à trois reprises dans les deux dernières semaines par des bandes armées, qui ne semblaient pas apprécier la discussion.

A cause de ça, on a pas très bien dormi et on a pris le premier bus à sept heures du matin, car il est bien connu que les bandits sont tous des fainéants lève-tard. Et cette théorie s’est vérifiée.

Loja ne fut qu’un lieu de transition pour prendre un autre bus vers Vilcabamba, petit village perdu dans les montagnes andines et ne possédant pas de charme particulier. Il doit sa réputation à l’intrigante longévité des habitants qui, dans les années cinquante, passaient crânement la centaine d’années. Dans les environs, on trouve plusieurs d’hôtels prêts à accueillir les routards désireux de se mettre au vert. Et pour ça, c’est un endroit unique.

VueHotelVilcabamba

Un matin nous nous sommes payés les services de Juan-Pedro, champion de rodéo, qui nous a amené nous promener à cheval dans les chemins de la région. Nous avons discuté avec lui pendant une heure puis quand les conversations ne reprenaient plus, il nous proposa de galoper. L’idée nous emballait franchement. Les chevaux étaient rassurants et Juan-Pedro semblait bien connaître son sujet. Pourtant il n’avait pas bien réglé les étriers de Blandine. Ses pieds n’étaient pas assez hauts, et quand son cheval parti, elle se mit à osciller comme un métronome sur la selle de son cheval, cramponnée au pommeau pour ne pas tomber. A la fin du premier galop, elle tenta d’expliquer son problème. Il la regarda un peu confus et ne sachant quoi répondre, il frappa d’un coup de cravache la croupe du cheval qui repartit aussitôt au galop. Les chiens aboyaient en nous courant après, la route défilait à toute allure sous nos sabots et Blandine rebondissait, presque en apesanteur au-dessus de sa selle.

ChevalBaptisteVilcabamba

Le lendemain, nous aurions pu rester nous prélasser au bord de la piscine, en attendant tranquillement que la journée se passe, mais comme nous faisons parfois des choix bizarres, ce n’est pas ce que nous avons fait.  Nous sommes partis, tous les deux, pour une randonnée de cinq heures, avec pour objectif de rejoindre un chute d’eau perdue dans les montagnes. Le chemin grimpait fortement, nous étions essouflés, suants et rougeauds. On regrettait la piscine finalement. Il nous fallait escalader des clôtures, zigzaguer entre des vaches et des taureaux couchés et traverser des ruisseaux les pieds dans l’eau.

PaysageRandonnéeVilcabamba

A midi, nous arrivions à la chute, enfoncée dans une cuvette dont l’accès était glissant et très peu balisé. On y a mangé assez rapidement puis on a repris le chemin de l’hôtel, avec en ligne de mir, le massage que nous avions réservé pour 16h.

BlandineChutevilcabamba

Demain nous allons rejoindre le Pérou en bus de nuit. Nous sommes douze voyageurs à faire ce trajet ce jour là. Nous les avons tous retrouvés à l’hôtel pour organiser le départ vers le terminal d’autobus. C’est donc en groupe que nous passerons la frontière.

4 commentaires

  • Bien pour les pieds de la dame…
    Quant à vos aventures équestres, ça me fiche un peu les jetons : êtes-vous sûr qu’il soit prudent de faire du cheval dans ce pays ? Bravo à Blandine qui a tenu en équilibre comme une fée !

  • En fait c’était la vieille sorcière de Blanche Neige avec sa pomme empoisonnée , mais où étaient les nains? En tout cas quelle chance d’avoir fait du cheval !

  • Superbes photos, superbe voyage, merci encore et toujours pour nous faire partager d’aussi chouettes moments.

  • Merci pour ce fabuleux récit de vos aventures sud-américaines. Moi qui n’ai pas de vacances cette année, ça me permet de m’évader un peu et j’ai presque l’impression qu’il fait beau chez nous aussi du coup…
    Je te trouve très doué en tout cas, tes photos sont chouettes, tu rédiges très bien…
    Un nouveau Nicolas Hulot est né !


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