21 octobre 2009

Iguazu, des toucans et le retour à Buenos Aires

Après cette semaine de rêve au Brésil, nous retrouvions notre petit hôtel de Puerto Iguazu. Il nous restait encore un peu de temps avant de retourner à Buenos Aires et nous en profitions pour traîner dans cette ville sans grand charme.
Il faisait un temps tropical, où parfois les après-midi sont coupés par d’intenses pluies chaudes. Les prévisions promettant un temps magnifique pour la fin de semaine, nous avons attendu trois jours avant de passer de nouveau la frontière afin d’aller admirer les chutes côté Brésilien.

Le samedi, peu avant midi, on monta dans un autobus jaune qui nous devait nous amener jusqu’à la ville de Foz d’Iguazu, la soeur brésilienne de Puerto Iguazu l’argentine.
Nous connaissions une astuce pour rejoindre le parc naturel plus vite. Elle consistait à descendre du bus avant le terminus, sur une portion de route précise, afin de récupérer un autre bus local.  Mais nous étions moyennement chauds pour se faire déposer sur le bord d’une route sans parler portugais. Seulement quand on vit deux filles française descendre du bus au milieu de nulle part, on se jeta dehors sans réfléchir, laissant les autres touristes perplexes.
On les rattrapa et on entama la discussion. C’était deux étudiantes en école de commerce qui étudiaient un semestre à Buenos Aires. L’une des deux était Franco-Brésilienne, et son aide nous fut précieuse pour arriver au Parc. Comme nous nous entendions bien, on passa toute la journée ensemble.

DSC_0041
Le côté Brésilien d’Iguazu possède beaucoup moins de chutes que le côté Argentin. C’est moins spectaculaire, on ne surplombe les cataractes et on ne ressent pas la puissance de l’eau qui se jette dans le vide. En revanche il possède l’avantage d’offrir le plus beau panorama sur l’ensemble, comme une magnifique carte-postale. Tout est organisé pour que la vue soit belle. On se promène sur un petit sentier de béton surplombant la rivière dans laquelle se jettent les chutes. De fines gouttes d’eau nous tombent dessus en permanence et nous rappellent que ce qu’on voit se passe bien à quelques dizaines de mètres de nous, des dizaines de papillons multicolores tournent autour de nous et les petits coatis courent dans les allées.

DSC_0058

DSC_0100

DSC_0039

La promenade est très courte. On descend en lacet sur le petit chemin jusqu’à arriver à une passerelle qui s’avance sous une chute. On est trempés, mais le soleil aidant, on sèche en dix minutes.

Quand approcha la fin du parcours, je vis se dessiner une tour dans laquelle deux ascenseurs de verre faisaient des allers-retours, pour monter les visiteurs sur un point de vue panoramique. Comme à mon habitude, je décidais de rester en bas, prêt à rattraper Blandine au cas où elle tomberait. Blandine et les deux filles montèrent et, une fois seul, un énorme papillon se posa sur mon sac-à-dos Eastpack pour me tenir compagnie.

L’après-midi ne faisait que commencer et nous étions déçus d’en avoir déjà fini avec la visite. On s’apprêtait à rentrer quand les deux filles nous proposèrent d’aller au parc des oiseaux avec elles.
L’entrée de ce parc ne payait pas de mine, mais à l’intérieur ce fut un véritable enchantement.

DSC_0291

Tout commença pourtant de façon classique. Des cages alignées sur lesquelles sont collées des panneaux explicatifs. Le nom de l’oiseau, son origine et sa rareté. A l’intérieur, un exemplaire s’ennuie, et attend sur sa branche factice que le temps passe.
On avait peur d’être tombé dans un parc minable où s’enchaîneraient des cages décrépites et des oiseaux pouilleux. Mais au détour d’un chemin, sur une rambarde en bois, reposait paisiblement un toucan. On esquissa tous un mouvement de surprise avant de nous rendre compte qu’un peu plus loin, d’autres toucans envahissaient les chemins. C’était un parc remplis de toucans en semi-liberté. Les cris des perroquets raisonnaient au loin, et la visite s’emballa.

Au cour de cette journée j’ai découvert que jamais un animal ne m’avait autant fasciné qu’un toucan aux couleurs explosives, qui prend une graine au bout de son bec et d’une geste assuré la lance au fond de son gosier, après lui avoir fait décrire un arc de cercle dans son bec entrouvert.
J’aurais pu passer des heures à regarder ce geste fascinant et ce visage si parfaitement dessiné et si joliment coloré. Les toucans ne sont pas farouches et s’approchent sans crainte des touristes.

DSC_0220

DSC_0162

DSC_0292

Plus tard, alors qu’on avait déjà passé une bonne heure à tourner autour des toucans, on retira nos montres et nos bracelets et on entra dans la grande cage ultra bruyante des  perroquets. Ils volaient, criaient à quelques centimètres de nous. Les ailes nous battaient dans les oreilles et dans le dos, et au dessus de nos têtes, certains se tenaient comme des chauves-souris et nous fixaient en criant des sons aigus et stridents. L’ambiance était éprouvante pour les nerfs, le gardien se faisait régulièrement attaqué par un perroquet bleu, et on se forçait à rester dedans, comme des enfants dans une maison hantée.

Quand la journée toucha à sa fin, on repartit du parc avec ces toucans en mémoire. Les filles partirent dîner au Brésil, alors que nous, nous rentrions dîner en Argentine.

Le lendemain on fit nos adieux à Puerto Iguazu, on prépara nos bagages et on reprit un bus.

IMG_1365

Ce n’était pas n’importe quel bus. C’était notre dernier bus. Le dernier bus du voyage. Seize heures pour profiter encore une fois des odeurs infâmes des toilettes chimiques, pour avoir mal au genoux et pour écouter les toux malades des autres passagers. C’est toujours triste les dernières fois. On idéalise tout ce qui s’est passé avant, le bien et le pire. On repensait déjà avec nostalgie à tous les tas de ferrailles pourris, les nuits atroces et les cafards sur les vitres. C’était bien, en fait.

On avait réservé un appartement à Buenos Aires pour profiter de notre dernière semaine. Le même qu’au départ. C’était notre façon de boucler la boucle. Repartir de là où on était arrivé.

Dès le lendemain, on se précipita au zoo de Buenos Aires, l’une de nos premières visites du voyage. On a redonné à manger aux petits mara de Patagonie. Des ragondins se déplaçaient librement dans le parc aussi. On a revu les girafes, les éléphants. On a revu les tigres et les singes. Personne n’avait bougé en six mois, personne ne manquait à l’appel. Ils n’avaient pas quitté leurs cages pendant que nous courions des milliers des kilomètres. L’ours blanc était sorti de son hibernation, nous on allait la commencer.

IMG_1453

IMG_1436

IMG_1395

Pendant cette semaine, on a beaucoup marché dans la ville. Comme si on ne l’avait jamais quittée. On oublie peu de choses en six mois, tout ressurgi très vite. On se souvient de détails infimes. L’odeur de l’immeuble, le bruit du métro et la conduite des autobus.

Déjà le voyage était derrière nous. Il ne restait qu’à attendre sagement l’arrivée du départ tout en profitant des derniers jours de vacances.

17 octobre 2009

Brésil, soleil et farniente

Quel meilleur endroit que le Brésil peut-on trouver pour s’offrir un peu de soleil et de belles plages ? C’est la question qu’on s’est longuement posée avant de finalement nous rendre à l’évidence. Convaincu que c’était le meilleur endroit pour bronzer pendant une petite semaine, on a recompté une dernière fois l’argent qu’il nous restait, on a pris notre respiration, puis on est une nouvelle fois entré dans un bus pour quitter Puerto Iguazu.

Bien qu’interminable, le voyage en bus fut largement égayé par les passagers brésiliens qui, soulignons le, sont peut-être très bon au football mais doivent être de très mauvais joueurs au Roi du Silence. Un Carioca installé derrière nous ne pouvait pas s’arrêter de parler. Il tenait des propos totalement incohérents et usait les nerfs d’ un vieux voyageur coréen qui cherchait à s’apaiser en pressant nerveusement sa balle anti-stress. Un autre Brésilien particulièrement efféminé semblait pourtant apprécier la compagnie de cet hyperactif. Tout autant que cet autre Brésilien qui descendait régulièrement vers notre cabine en sirotant une canettes de bière à la paille.

A la faveur d’une pause dîner dans une gare routière brésilienne, on se retrouva prit dans une discussion avec tous ces personnages. On tentait de répondre aux questions dont ils nous assaillaient, mais le portugais est bien loin de l’espagnol quand on est face à un alcoolique et un fou.
Un peu plus loin, le coréen poussait des râles digne d’un maître de Kung-Fu et crachait partout comme un chien qui marque son territoire.

Après vingt-quatre heures de trajet et un réveil en fanfare à cinq heures du matin, offert par le malade mental carioca qui cherchait de la compagnie pour discuter, on arriva dans la petite station balnéaire de Paraty.

DSC_0675

Un centre historique magnifiquement conservé, un mer bleue, une forêt d’un vert intense et un soleil brûlant. Une ambiance douce et tranquille, clairement entretenue pour les riches touristes de Sao Paulo. Là, chacun tentait de prouver son niveau de richesse par la taille de son appareil photo. C’était une exposition d’objectifs de dix mètres de long et de boîtiers gros comme des boites à chaussures.

Nous logions en dehors du village, dans un petit hôtel de plain-pied face à la mer. Les habits d’hiver achetés en Bolivie, les bonnets  péruviens et les pulls aux motifs de lama ne faisaient plus l’affaire. Blandine se retrouva donc dans l’obligation d’acheter des vêtements. Elle trouva sur la plage une robe légère qu’elle acheta à un commerçant qui transportait une immense  tringle posée sur ses épaules. On mit nos claquettes et on déambula dans les ruelles du village.

Le second jour, comme le ciel était d’un bleu parfaitement uni, on se décida pour une promenade en bateau.

DSC_0682

Nous avions un petit bateau et son équipage pour nous tout seuls. Nous étions allongés sur de gros tapis en mousse posés sur le toit de l’embarcation. Une corbeille de fruits étaient installée entre nous deux et de temps en temps le guide passait la tête pour nous donner quelques indications sur la région, pendant que nous bronzions sous un soleil de plomb.

On s’arrêta devant une petit île vierge pour faire un peu de snorkelling. Nous avions à bord un guide marin, qui sauta à l’eau avec nous. Il était musclé, bronzé, tatoué et son physique était une insulte  pour tous les parisiens blafard et cernés qui rampent dans le métro chaque jour. Mais comme il était sympathique et qu’il nous remontait des fonds toutes sortes de coquillages et d’étoiles de mer, je n’ai pas osé lui montrer tout le mépris que j’avais pour lui.

Il nous expliqua même comment faire venir les singes. On prit quelques bananes dans la corbeille de fruits et on les jeta sur les rivages afin de faire rappliquer de petits singes sauvages à quelques mètres de nous.

Un peu plus tard on s’arrêta sur une petite plage afin de manger quelques crevettes, pendant que l’équipage de trois personnes nous attendait sur l’embarcation un peu plus loin.

IMG_1127

Le lendemain, les coups de soleil nous brûlaient et le bronzage était loin d’être parfait alors on partit  plus au le nord, vers l’île de Ilha Grande.

On débarqua du ferry sous une pluie battante, nos sacs de 20kgs sur le dos et sans la moindre idée d’hébergement. On suivit une fille aux cheveux noirs et blancs, comme dans les 101 dalmatiens, venue sur le quai faire la publicité pour son hôtel. On entra dans un hôtel visiblement neuf, tenu par des allemands et face au port de plaisance, en plein coeur du village principal de l’île.

DSC_0794

DSC_0807

DSC_0785

On avait une grande chambre avec une terrasse et un hamac. Un petit colibri venait butiner sur notre terrasse des fleurs factices installés à cet effet. Nous l’observions souvent le soir, et le matin avant d’aller prendre notre petit déjeuner, qui était le meilleur qu’on ait eu du voyage. On se goinfrait de fruits, de jus et de saucisses grillées, puis on partait se promener.

Sur Ilha Grande on enchaîna les excursions à pieds et en bateau pour visiter les quatre coins de l’île.

Le premier jour on la traversa du nord au sud, pendant trois heures de marche pour atteindre la plage de Dos Reis, qui nous laissa pantois, car elle n’avait pas le charme attendu. La mer était agitée et il n’y avait guère que des déchets sur la plage pour nous tenir compagnie.

Un autre jour on prit un grand bateau pour nous promener toute la journée sur les criques nord. Il y avait surtout des Brésiliens en vacances avec nous. Les filles étaient toutes en mini maillots de bain, grosse et maigres, belles et moches, alors que les hommes exhibaient leurs muscles et leurs corps sculptés par le sport.

DSC_0193

DSC_0237

On marcha aussi longtemps pour rejoindre la grande et magnifique plage de Lopes Mendes, qui paraît-il est classée dans les cent plus belles plages du monde. On y retourna à deux fois même, tant on se sentait bien sur cette langue de sable blanc coincée entre la forêt et la mer.

DSC_0864

IMG_1330

Le temps passa vite, et on s’oublia une semaine sur Ilha Grande. Le temps n’avait plus de prise sur nous. On regardait la mer, on mangeait et on se baignait. Et définitivement on ne voulait plus rentrer à Paris.

DSC_1044

Pourtant cette petite parenthèse ne devait pas nous faire perdre de vue que le retour se rapprochait. On repartit un matin prendre le ferry, puis on récupéra le bus vers Sao Paulo. Ensuite on attendit de nombreuses heures, avant que notre bus en direction d’Iguazu arrive. Dedans, par le plus hallucinant des hasard, on retrouva l’alcoolique buveur de bière à la paille, qui était dans le bus à l’aller. Il ne nous reconnut certainement pas, les bulles devaient lui brouiller la vue. Ce n’est que trente heures après avoir quitté notre hôtel qu’on arriva à Puerto Iguazu. De retour en Argentine. Mais avant de repartir à Buenos Aires, nous devions encore voir les chutes d’Iguazu côté brésilien.

DSC_0817

30 septembre 2009

Une Mission avant les chutes d’Iguazu

N’oubliez pas que la carte de notre trajet est à jour !

J’aurais aimé pouvoir varier un peu, dire par exemple que c’est par avion que nous avons rejoint la ville de Posadas. On l’avait même envisagé un moment, mais dans éclair de lucidité je me suis demandé à quoi pouvait bien ressembler un pilote de ligne argentin. Il est clair qu’il doit avoir le maté dans une main et son thermos sous le coude. Pendant qu’il dirige son avion, le manche à balais coincé entre les genoux, il doit régulièrement et méticuleusement verser de l’eau chaude dans son maté, tout en débattant vigoureusement au sujet de football avec le copilote assis dans un siège totalement allongé.

Bref une fois que j’ai eu cette vision d’horreur, l’idée n’avait plus court et c’est donc comme toujours après seize heures de bus qu’on est arrivé à Posadas. Ca fera la joie du kiné qui aura la lourde tâche de redonner vie à nos genoux à notre retour à Paris.

A Posadas nous avons trouvé, avec la complicité du chauffeur de taxi, un petit hôtel très agréable, qui ressemblait plus à un motel américain qu’au George V, mais qui avait l’avantage d’être au calme.

Posadas est une ville au nord-est de l’Argentine, baignée dans un climat subtropical qui nous fit oublier qu’à peine deux semaines nous étions au froid en Patagonie.

Nous avons passé plusieurs jours au rythme doux et lancinant de cette ville provinciale et en terme de gastronomie c’est certainement ici que nous avons atteint des sommets. Comme tous les restaurants étaient très cher et comme malheureusement l’hôtel ne disposait pas de cuisine, nous avons du improviser. Le salut est venu du supermarché, qui cachait en son ventre un excellent self-service. Midi et soir, pendant cinq jours, Blandine se gava de verdure en tout genre, nous avons goûtés toutes les sortes d’empañadas et j’ai même tenté dans un élan d’insouciance le steak à la pizza.

Ce qui avait motivé notre arrêt à Posadas était la proximité des missions jésuites, en particuliers celles splendides de la ville de Missiones.

Pour rassurer tout le monde, aller aux missions jésuites ce n’est pas partir faire une retraite dans un couvent tenu par des prêtres jésuites espagnols qui nous auraient fait lever à six heures du matin afin de réciter des prières en latin. Non. Les missions jésuites sont les ruines d’un projet religieux initié par les jésuites au 17ème siècle et dont l’histoire est fascinante.

DSC_0772

A une époque où les conquistadors envahissaient l’Amérique et réduisaient les indiens en esclavage, tout en tentant de les civiliser à leur sauce, les jésuites arrivèrent avec leurs soutanes et leurs sandales en cuirs avec l’idée bien peu originale d’évangéliser les indigènes.

L’idée était contestable bien entendu, dans la mesure où elle visait à faire disparaître les croyance païenne au profit de la sainte église catholique. Mais dans le contexte de l’époque, où la vie même de l’indien n’avait pas de droit, les jésuites innovèrent.

Persuadés que ce n’était pas pas la force qu’ils réussiraient leur mission, il créèrent, avec l’aval du roi d’Espagne, des petits villages refermés sur eux-mêmes, appelés « reducciones ». Ils destituèrent les chefs de tribus, mais tentèrent de recréer une hiérarchie similaire à celle existante. Ils décidèrent de ne pas apprendre l’espagnol aux indiens mais plutôt d’apprendre leur langue. Ils cultivaient leurs terres sans excès et répartissaient les richesses dans un système qui est communément considéré comme le premier communisme religieux.

Ces réductions étaient régulièrement attaqués par les conquistadors qui y voyaient surtout des esclaves en bonne santé. Pendant 150 ans, les missions se défendirent, mais pour des raisons politiques, les religieux furent forcés à quitter les lieux, laissant les indiens évangélisés sans espoir.

DSC_0741

DSC_0808

Après ce petit intermède culturel, Blandine et moi avons poursuivi notre route plus au nord. Vers les chutes d’Iguazu.

C’était étrange car en arrivant aux chutes nous savions qu’elle constituaient l’un des derniers point essentiel de notre voyage. Dans les hôtels de Puerto Iguazu, nous avons rencontré plusieurs français qui commençaient leur long voyage. On discutait avec eux et on ressentait une certaine nostalgie. Déjà on parlait de notre voyage au passé et on écoutait leurs craintes et leurs certitudes avec le souvenir de les avoir partagées.

Tout ça n’entama en rien notre motivation pour aller voir les chutes d’Iguazu.

Nous y avons été un premier jour, sous un soleil que rien ne pouvait cacher. Les chutes grondaient face à nous et les sentiers nous faisaient passer au-dessus ou en contrebas.

Dans les petites allées sauvages, les coatie remuaient la terre pour chercher quelques fourmis, et aux abord du snack, ils déployaient des efforts considérables pour voler tout ce qui traînait sur les tables.

DSC_0076

DSC_0138

DSC_0448

DSC_0511

Nous avons suivi le chemin menant à la Garganta del Diablo, dont le nom fait déjà frémir. Après une dizaine de minutes de marche sur une passerelle métallique au dessus d’un immense cours d’eau dont l’agitation augmente au fur-à-mesure, nous commençions à entendre un cavarme assourdissant.

Au bout de la passerelle, nous pouvions voir sous nos pieds des flots hallucinants se déverser en contrebas, dans un brouillard épais. On resta peut-être une demi heure, ébahis devant un tel spectacle. Il y avait cette eau qui d’un coup dégageait une violence et une rage telle qu’on ne pouvait que rester stupéfait.

On revint le lendemain au même parc, mais le ciel était menaçant et la lourdeur de l’air ne laissait rien présager de bon. On commença malgré tout une ballade de sept kilomètres dans la forêt.

Le problème c’est qu’après une demi-heure de marche la pluie nous tombait raide dessus. Les arbres nous protégeaient peu sur le sentier et l’orage grondait fortement. On voyait les éclairs qui déchiraient le ciel noir, on l’entendait se rapprocher et on tentait d’avancer. Mais quand on se rendit compte que les éclairs tombaient sur notre droite et sur notre gauche, qu’on était seuls dans la forêt et que nous étions détrempés, on a pris peur. Je dirais même qu’on a flippé grave et on a déguerpi comme des rats. On tentait d’éviter les flaques d’eau, mais on s’enfonçait dans les passages boueux. Je courrais tête baissée pour me protéger de la foudre et je bondissais dès qu’un éclair craquait au dessus de moi. Ce fut un grand moment de bravoure.

On passa longtemps à sécher nos affaires et puis on repartit voir les chutes. Comme nous étions déjà trempés, nous n’avons pas hésité à emprunter la passerelle qui conduit à deux mètres du pied d’une énorme chute. Le vent souffle fort, l’eau éclabousse le visage sans cesse, on ne peut pas ouvrir les yeux, mais on est en bas, au plus proche et c’est un moment intense.

DSC_0385

DSC_0600

Le paysage sous la pluie ne ressemblait pas du tout à celui de la veille, c’était un autre parc, d’autres chutes, un autre spectacle.

De retour à Puerto Iguazu il nous restait à voir les chutes côté brésilien, mais un problème nous hantait. Il nous restait plus de trois semaines de voyage et aucun trajet prévu. Iguazu est à la frontière de quatre pays : L’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. On a longtemps hésité mais le choix s’est imposé naturellement. Le Brésil.

On prit un billet de bus. 24 heures pour arriver à Parati. Ensuite on se rendra à Ilha Grande, île aux plages paradisiaques.

C’est le printemps qui commence là bas. C’est tropical en plus.

Les chutes côté Brésilien on se les garde pour le retour.

25 septembre 2009

Du vélo et des idoles

Après notre petite escapade sur les routes argentines, nous avons posé nos bagages à Salta. La vieille ville coloniale se remplissait doucement car la fête du Senor et de la Virgen del Milagro approchait.
Comme on était à cinq jours de la grande célébration, nous avons décidé de partir faire un petit tour vers la ville de Cafayate.

On a laissé nos sacs à l’hôtel de Salta puis sommes montés dans un bus de la si bien nommée compagnie « El Indio ». Et pour le coup les bus ressemblaient effectivement à l’image qu’on se fait des transports en Inde. Le tas de ferraille n’avait pas d’âge. C’était un patchwork de métal tordu. Tout était rafistolé, rien ne tenait debout et même les vitres perdaient leurs joints. On se laissa bercer par les ondulations du bus, et quelques heures plus tard nous étions arrivés dans le petit village de Cafayate.

DSC_0667

Quand une jeune femme nous aborda à la sortie du bus en nous proposant une chambre avec salle de bain, à moitié prix des hôtels les moins chers d’Argentine, on se méfia mais l’offre était trop belle pour ne pas nous attirer. Elle nous expliqua en revanche que tout n’était pas fini dans l’hôtel.

Comme on avait tout notre temps et qu’on était curieux, on se dirigea vers cette adresse atypique.
Après s’être perdu en chemin, on arriva finalement dans un jardin en plein travaux. La terre était retournée, les piliers métalliques jaillissaient du sol et des enfants jouaient par terre. On nous amena vers un bâtiment de béton au fond du jardin. Il y avait là trois chambres d’hôtel, finies depuis trois mois. Tout était propre, et comble du luxe on nous apporta même le petit déjeuner dans la chambre.

Nous allions discuter avec la gérante de l’hôtel quand un petit garçon s’approcha de nous et en exhibant deux raquettes de ping-pong. Il demanda à Blandine si elle voulait jouer. Blandine accepta et le petit garçon sortit de sa poche une balle de tennis.
Ils s’éloignèrent un peu et se mirent dans une allée bétonnée. Après quelques hésitations, ils trouvèrent un moyen de tenir quelques échanges en faisant rouler la balle par terre, dans un jeu à mi-chemin entre le croquet et Pong. Blandine n’eut pas le temps d’écraser le gamin à ce jeu car, me voyant arriver, il s’arrêta tout net et reprit les raquettes.

A 10 heures du matin, le lendemain, un autre bus nous déposa à trente kilomètres du village. On sortit les vélos de location des soutes, et nous n’avions plus qu’à revenir au village en longeant les superbes paysages de la Quebrada de las Conchas.

DSC_0606

DSC_0631

DSC_0635

DSC_0623

On parcourut ces paysages magnifiques sous un soleil de plomb. Les vélos, pour une fois, étaient en bon état, et il nous fallut cinq heures pour rejoindre la ville.

Le soir en rentrant, on se posa dans un restaurant touristique pour manger une viande grillée. On choisit tous les deux un bife de chorizo, qui a la réputation d’être la meilleure pièce de boeuf Argentin, et pour la première fois on saisit la véritable qualité de cette viande. C’était un peu comme atteindre le paradis des carnivores.

Le lendemain soir, après une journée de repos dans le village, nous repartions vers Salta. Le voyage, bien que n’étant que de quatre heures, sembla durer une éternité tant le bus était vieux, les enfants agités et la chaleur étouffante.

DSC_0972

DSC_1010

Salta a la réputation d’être la capitale des empañadas. Pourtant j’ai découvert que la véritable spécialité n’était pas celle qu’on croyait. A  chaque coin de rue, de petit vendeurs produisent un pop-corn caramélisé d’une qualité extraordinaire et pour un prix totalement ridicule. Il n’y a pas un seul petit vendeur qui le rate. C’est toujours parfait et on en trouve à toute heure. Pendant toute la semaine que nous avons passé dans la ville, j’en ai mangé midi et soir et je peux garantir qu’il y a un savoir faire unique dans le monde qui mériterait qu’on attribue à ces artisans le titre de Patrimoine Mondial de l’Humanité déjà tellement galvaudé par l’Unesco.

Pendant toute la semaine précédent les festivités, les catholiques se postaient sur le parvis de la cathédrale. Il y avait de tout, des jeunes, des petits couples, des vieux, des racailles,  tous debout, un missel à la main entrain de lire en silence jusqu’à des heures tardives.

A l’intérieur, les gens faisaient la queue pour fleurir les idoles immenses installées de part et d’autre de l’autel. Des hommes priaient à genoux dans les petits hôtels latéraux, et pendant l’office auquel nous avons assistés, les gens se bousculaient pour prendre la communion, les files disparaissaient, et c’était la guerre pour atteindre le calice. La cathédrale était remplie. Il n’y avait plus de place, plus d’espace. Les gens s’entassaient dans les couloirs, nous étions cloisonnés derrière des poteaux qui nous cachaient la vue.

DSC_0720

DSC_0716

DSC_0776

Sur les côtés de la cathédrale, des files d’attente étaient installées pour que les gens attendent leur tour afin de pouvoir être confessé par un prêtre parmi la dizaine qui donnaient le pardon à la chaîne.

A la fin du week-end, les premières festivités commencèrent, avant l’apogée prévue pour le mardi.

Le lundi, pendant toute la journée, les pélerins arrivaient du Pérou, de Bolivie et des régions avoisinantes. Chacun des groupes portait une petite reproduction de la vierge del Milagro et une autre du Senor. Les badauds s’en approchaient pour les embrasser.
Les pélerins étaient escortés jusqu’à la cathédrale, pour se prosterner et faire des offrandes à la Virgen et au Senor.
Profitant d’un petit passage dans la foule, nous avons réussi à y entrer.
On eu bien du mal à ressortir de l’église. La foule s’était refermée et obstruait les sorties. Les pélerins, n’arrivaient plus à cacher leur fatigue, malgré les boules de coca, grosses comme des balles de tennis, qui gonflaient leurs joues. L’un d’eux vomi toutes ses tripes sur le seuil de la cathédrale, pendant que nous attendions une opportunité pour nous échapper.

DSC_0817

DSC_0912

Le lendemain matin, la ville était en ébullition. Assis à une terrasse d’un restaurant de la place principale, les mendiants et les vendeurs ambulants nous harcelaient pour vendre des chapelets et des petits drapeaux. Ils nous demandaient aussi si ils pouvaient manger une de nos empañadas ou bien finir nos plats. L’expérience des jours précédents nous avait permis de le prévoir, alors on avait pris suffisamment de nourriture pour en donner. Aux tables proches de la notre, les gens offraient leurs boissons, leurs pizza. Les enfants mendiaient les mains chargées de nourriture et la peau noire de saleté.

Vers 16 heures, la place fut envahie par les pèlerins et un immense cordon de policier en faisait le tour pendant que des haut-parleurs diffusaient des prières en boucle. La foule se pressait pour voir l’entrée de la cathédrale. C’était une cohue monumentale qui, selon les journaux du lendemain, comptait 50.000 personnes.

IMG_0426

DSC_0810

Puis au moment tant attendu, d’immenses statues représentant le Christ “Señor del Milagro” et la Vierge étaient extraites, précédés d’une tout aussi imposante croix. La fanfare n’arrêtait pas de jouer,  les carillons sonnaient et les pompiers faisaient hurler leurs sirènes pendant de longues minutes. La foule agitait des drapeaux et des mouchoirs, et tous les regards étaient fixés vers ces chars qui allait promener la trinité dans toute la ville.

Quand toutes les statues furent sorties de la cathédrale, la place se vida doucement. La procession devaient revenir deux heures plus tard vers la cathédrale. Les gens se dirigèrent doucement vers la fête foraine située un peu plus loin, dans un parc en centre ville.
Il y avait là un lac pour faire du pédalo, dans lequel les sacs plastiques flottaient et les canards péchaient. On s’acheta quelques gâteaux bien gras, puis on profita de l’ambiance quelque peu anarchique de cette fête.

IMG_0438

Vers 18 heures on retourna sur la place. Les idoles revinrent, mais nous n’arrivions pas à avancer plus loin que le centre de la place. Alors on resta un peu en retrait puis on retourna vers notre hôtel.

Sur la semaine qu’on a passé à Salta, on s’est pas mal reposé et on s’est laissé doucement malmener par le bazar ambiant qui rappelle les proches voisins que sont le Pérou et la Bolivie.

De là, on a pris de nouveau un bus de nuit pour 16 heures de trajet. Pour une fois on était à l’étage supérieur, et pour la première fois on a eu pour compagnons de voyage des cafards qui se promenaient à côté de nous.

On arriva à Posada, une petite ville au climat subtropical. On approchait des chutes d’Iguazu, mais avant tout il fallait qu’on visite les missions jésuites.

19 septembre 2009

Road trip et momies

+IMG_0003

Boire où conduire, il faut choisir dit le slogan. Comme ces derniers temps on a beaucoup bu, et comme nos familles commencent à s’inquiéter de l’état de notre foie, nous avons décidé de quitter l’alcool pour une voiture.

Après notre départ de Mendoza, nous avons pris le chemin de la petite ville de San Juan. Là-bas nous n’avons pas séjourné, mais à peine arrivé, nous nous sommes précipités chez Avis pour louer une voiture.

C’est une vieille Chevrolet toute neuve qui nous a été prêtée. Une voiture sans option, sortie d’un voyage dans la temps. Il y avait des remontes-vitres manuels, pas de poignées au dessus des portes, pas de fermeture centralisée et encore moins de télécommande. Il y avait ses sièges, un moteur, un volant et c’était suffisant.

En Argentine, et en particulier dans les petites villes, les feux de circulations sont rares, les panneaux stop ne servent à rien et la priorité à droite est classée dans le cerveau des argentins entre le Père Noël et les contes de Grimm.

C’est donc avec une certaine appréhension que j’ai quitté le centre ville de San Juan. Les piétons traversaient dans tous les sens, j’étais trop discipliné et moi qui avais appris à conduire à Paris, j’ignorais qu’un jour j’aurais du mal à passer un carrefour.

Quand la ville fut derrière nous, tout redevint plus agréable. Les paysages de pampa commençaient à défiler et, faute de bornes kilométriques, les chiens écrasés au milieu de la route offraient un peu de régularité.

Plus on s’enfonçaient dans les plaines, moins les chiens morts jonchaient nos pas. Ils étaient progressivement remplacés par les cadavres de chevaux et de vaches qui, eux, avaient eu le bon goût de se décaler sur le bord de la route. Nous pouvions voir par moment, sur le bas-côté, des amas de vautours occupés à dépecer un cheval très fraîchement trépassé.

+IMG_0296

On fit une halte dans un petit bourg, car dans l’empressement matinal, nous n’avions pas prévu de déjeuner. Un sympathique épicier, aux ongles sales et aux dents disparues, nous proposa de nous faire des sandwich. Il sortit quatre tranches de pains épaisses, nettoya sa trancheuse à jambon avec une lame de couteau sur laquelle s’agrégeaient des restes de viande rouge, puis coupa jambon et fromage.

+IMG_0285

Après trois heures de voyage, on arriva dans un petit village. San Augustin de Valle Fertil, sa station service, sa place principale et ses hôtels.

De là on se rendit le lendemain pour visiter les célèbres parc nationaux à une centaine de kilomètres du village.

Le matin on se rendit à celui connu sous le nom original de « Vallée de la lune ». Comme son nom l’indique, ce parc est supposé nous faire voyager dans les rêves et nous donner l’impression de marcher sur la lune.

La pesanteur, la végétation et le ciel bleu ont tendance à nous ramener sur terre, mais les paysages sont très beaux.

La visite se fait en convoi d’une trentaines de voitures précédé de celle du guide.

+DSC_0249

+DSC_0262

+DSC_0358

+DSC_0277

DSC_0256

Au début, les touristes argentins, écoutaient avec passion les explications géologiques du guide, mais rapidement la concentration s’évapora. Ils sortirent les Mate, les thermos. Certains laissaient la musique dans la voiture, et d’autres passaient du temps à fumer leurs cigarettes.

L’après-midi arrivant, on se dirigea rapidement vers le parc de Talampaya.

Là, ce n’est plus la vallée de la lune, c’est les canyons, rouges et abrupts dans lesquels on serpente. Il y avait une faune riche, des condors, des renards, des oiseaux à houpettes et toutes sortes de bestioles dont je suis incapable de retenir le nom. Mais une chose est sur, il y en avait beaucoup.

+DSC_0502

DSC_0396

+DSC_0517

+DSC_0407

+IMG_0178

DSC_0505

En fin de journée on rentra à Valle Fertil, après cette journée épuisante. On se trouva un petit restaurant bon marché puis on rentra nous reposer.

Le lendemain, on refit le chemin inverse en direction de San Juan, les chevaux morts, puis les chiens de plus en plus nombreux et après deux heures et demi on arriva.

+DSC_0532

C’était la fin de matinée. Nous avions le soir un bus pour Salta, et nous nous retrouvions lâchés dans la ville, avec chacun vingt kilos de bagages et nulle part où les déposer. On négocia à la gare routière pour y laisser nos bagages jusqu’au départ du bus,  et quand on en fut soulagé on partit visiter la ville.

Il y a à San Juan un musée surprenant. Surprenant tout d’abord car il est installé le long d’une autoroute, coincé entre deux garages automobiles. Mais surtout surprenant parce qu’il possède cinq momies découverte dans la région depuis les années soixantes. Cinq momies magnifiques et dans un état de conservation extraordinaire. Pourtant ces momies sont gardées dans des présentoirs en bois et en verre, sans climatisation, sans contrôle de température, et avec pour unique moyen de conservation, un sachet anti-humidité, posé à côté des pieds.

Les panneaux explicatifs sont faits en papier crépon, avec des photos posées dessus. La colle bave, les étiquettes tapées à la machine sont de véritables antiquités.

La visite puis le retour en centre ville, nous prit un bon bout d’après-midi. On passa ensuite la soirée dans le même bar ou nous avions mangé le midi, puis on prit un taxi pour retourner au Terminal de bus.

Il était dix heures passées et quand le taxi, au lieu de se rendre au terminal en centre-ville s’engouffra sur l’autoroute, Blandine et moi avons commencé à nous inquiéter. Il roulait vite et faisait semblant de ne pas comprendre ce qu’on lui disait. On partait dans une direction inconnue, avec un type à l’avant qui se foutait visiblement de nous. Soit il nous faisait faire un tour pour faire tourner le compteur, soit il nous emmenait ailleurs, et dans ce cas là, c’était franchement flippant. On n’en savait rien et on commençait à s’échauffer. Alors par réflexe, on fit un véritable scandale, on agitait les bras, on parlait fort, on le harcelait par un flot de mots ininterrompu, et finalement il fit semblant d’être désolé de s’être trompé et  nous ramena au terminal de bus.

Voyant notre état d’énervement, il n’osa pas nous demander de payer, mais on lui donna ce que valait la course normale, parce qu’on est pas trop vache.

On embarqua à l’heure dans le bus pour Salta, à l’étage inférieur, ça sentait la maladie, les pieds et la sueur, et il faisait trop chaud. Comme toujours.

13 septembre 2009

Mendoza, des vieilles voitures et beaucoup de vin

Un trajet en bus, encore et encore. Vingt quatre heures de trajet, assis dans la petit cabine inférieur d’un car à deux étages. La chaleur étouffante imposée par la climatisation libère des odeurs mortiféres, mélange de pieds sales, de sueurs, de maladie et de bouffe grasse.L’odeur s’insinue dans nos vêtements, colle sur nos visages et envahit nos poumons comme une liqueur malsaine.

Pendant que les films nous ensuquent, la nuit tombe, les sièges s’inclinent et quand le générique se termine, nous n’entendons plus que le bruit de la tôle qui file sur la route. Parfois une toux violente secoue un passager, parfois un téléphone portable sonne et nous extrait violemment de notre transe malsaine. On se tortille sur le siège, on sue, on a mal au dos mais on finit toujours par s’endormir un peu.

Un café à l’aube, puis le bus nos libère de ses entrailles poussiéreuses, la tête cotonneuse et les genoux douloureux.

On était à Mendoza, l’épicentre de la culture viticole argentine. Il faisait meilleur temps qu’en patagonie, mais à notre grand désespoir un vent froid soufflait sur la ville.

Mendoza est une ville coloniale. Ici, les rues sont une véritable ode à l’automobile ancienne. Les plus vieilles carcasses du monde y sont réutilisées et réhabilitées pour en faire des voitures-poubelles fonctionnelles. Il y a de tout, mais n’étant pas un spécialiste je ne pourrais reconnaître tous les modèles de Renault, de Peugeot, de Ford qui semblent dater des années 50.

IMG_0104

Après quelques jours à visiter la ville et à arpenter le centre, nous nous sommes rendus, un matin chez le célèbre Monsieur Hugo.
Après une heure de bus, on arriva devant le proche surplombé d’un immense bannière à son nom. Et en pénétrant dans son petit jardin, il nous accueillit avec une chaleur digne des meilleurs commerçants.
Il nous parlait avec entrain pendant qu’un jeune homme nous préparait les deux plus belles montures. Deux magnifiques vélos, aux pneus bien gonflés et aux selles ajustées, prêts à nous accompagner sur les routes de vignobles.

Un petit plan dans la main, les poches remplies d’argent et l’estomac bien vide, nous sommes partis à l’attaque des bodegas.

Nous avons commencé tranquillement par un gros producteur bien rodé au tourisme. Il y avait un petit musée qui retraçait l’histoire de la viticulture. Le guide touristique semblait pressé d’en finir avec la visite et passa rapidement devant les pieds de vignes.

DSC_0100

Le petit groupe, mené par quelques américains en shorts se dirigea rapidement vers un plateau chargés de verres et on nous fit avaler gratuitement l’affreuse Cuvée Museum, qui est au vin argentin ce que la Villageoise est au vin français.
Les américains semblaient fortement intéressés, le personnel était déjà installé derrière les caisses enregistreuses, et nous, à peine notre verre fini, nous étions déjà repartis sur la route cabossée.

DSC_0128

DSC_0136

On s’arrêta un peu plus loin chez un autre gros producteur. Là, nous rencontrions un guide qui, faute de touriste, nous fit une visite privée.
Il était froid et nous faisait sentir qu’il aurait préféré qu’on ne vienne jamais. Pourtant on insistait dans la conversation. Il nous montra l’ancienne cave, remise à neuf par une société des Etats-Unis, à grand coup de dollars. Il nous montra de loin les vignes, puis on entra dans une magnifique salle de réception en bois. Au sol, une immense verrière permettait de voir sous nos pieds les tonneaux de chênes parfaitement alignés et superposés. On s’assit tous les trois à  un bar, et l’ambiance se détendait franchement.

DSC_0159

Le guide semblait nous apprécier de plus en plus, il nous parlait de lui de sa vie au Canada, de son retour au pays et de ses études d’oenologie.
Il passa dans la réserve et trouva quelques bonnes bouteilles, restées d’un réception organisée la veille par les propriétaires.
Pour l’occasion, nous dit-il, il allait exceptionnellement les déguster avec nous. Il prit un tabouret, ajouta deux verre et s’installa.
Pendant de longues minutes, on bu du Syrah, du Malbec, du Cabernet-Sauvignon. Il nous parlait des caractéristiques, des âges, des goûts, des couleurs. C’était passionnant, nous parlions fort et avec conviction, mais le temps passait vite et après des remerciement chaleureux, on repartit sur les routes.

DSC_0166

L’après-midi était déjà bien entamée, mais on se posa dans le restaurant d’un autre bodega pour manger. On accompagna notre ballon de Cabernet d’un immense assiette de charcuteries, d’olives et de fromages, on engloutit sans manière un Tiramusi puis on repartit aussitôt. La journée n’était pas finie.

Nous filions sur la route, laissant derrière nous une traînée d’alcool qui semblait flotter quelques instants dans les airs. Les vélos subissaient des forces étranges qui rendaient notre trajectoire hésitante, mais nous étions sereins, et quelques kilomètres plus loin nous atteignions une petite production locale.

DSC_0189

DSC_0194

En entrant, une femme nous accueillit en nous demandant si nous parlions espagnol ou anglais. En entendant cet accent si particulier, Blandine lui répondit que nous parlions français. Dans un éclair elle arriva sur nous et nous assaillit d’un flot de parole teinté d’un accent toulousain.
Elle nous raconta en quelques minutes son histoire, son changement de vie. Comment avec son mari, ils étaient passés d’une vie d’ingénieurs à celle de viticulteurs.
Elle voulait faire passer un message. Elle nous le dit et nous le répéta avec un brin de fierté. Il est possible de changer de vie, d’être un jour salarié et le lendemain viticulteur en Argentine.

On visita les vignobles, leurs caves refaites, on goûta aussi leurs vins, puis on s’éclipsa, alors que l’après-midi touchait quasiment à sa fin.

DSC_0247

DSC_0230

Le retour vers la maison de Mr. Hugo  fut laborieuse. Le vent se levait, les voitures se faisaient plus agressive et nos vélos refusaient toujours de filer droit. Heureusement notre sauveur arriva.

C’était un gros argentin mal à l’aise dans ses vêtements de policier municipal. Il chevauchait une vieille pétrolette décorée à l’arrière par un fanion jaune fluo. Il se posta derrière nous et nous escorta pendant tout le trajet. On se prenait pour des cyclistes importants, une échappée du tour de France chargée de vin rouge et de saucisson.

Quand on arriva, on le remercia. On descendit de nos vélos et on remercia Mr. Hugo de ses services. Mais, alors qu’on s’apprêtait à partir, il revint une bouteille sans étiquette à la main, deux gobelets de l’autre et nous enjoignit à goûter sa cuvée personnelle.
On s’assit sur une table en plastique, un petit chat crasseux nous rejoint et Hugo nous posa les gobelets remplis à ras-bord.

DSC_0251

On fit semblant de boire, on le remercia bien. Les seules odeurs de vins suffisaient à nous donner la nausée. On s’enfuit poliment, puis on sauta dans un bus qui nous ramena à l’hôtel. On sentait l’alcool, on était très chaleureux et on avait le pas hésitant. Mais on avait vu les vignobles de la région.

10 septembre 2009

Puerto Madryn, des baleines mais pas de pingouin

Il y a deux autres vidéos à venir. Il faut le temps de les uploader.

Après 22 heures de bus, et deux heures d’attente, en correspondance, assis à la table d’un bar dans une gare routière paumée en Patagonie, on atteignit Puerto Madryn et  sa côté où viennent se reproduire baleines et pingouins.

Les pingouins étaient bien présent, mais il nous étaient interdit de les voir. La période de reproduction approchant, l’accès au parc est fermé pour qu’ils puissent faire leur petite affaire, sans être stressé par les regards indiscrets.

En revanche les baleines, elles, sont bien visibles. Partout dans la baie. Elles sont ici aussi pour la période de reproduction. Les mâles restent vivre au large, alors que les femelles viennent sur le rivages pour apprendre la vie à leurs rejetons.

Alors, à défaut de pingouins, on a décidé de tout miser sur les baleines.

C’est ainsi que le premier jour on est monté à bord d’un petit bateau, dans le village de Puerto Pyramides, pour les approcher de près.

DSC_1205

+puertopyramideDSC_1192

Nous étions une dizaine sur notre bateau. Tout le monde se bousculait, et nous regardions dans toutes les directions pour voir les têtes émerger de l’eau. Quand le capitaine en voyait une accompagnée de son petit, il accélérait d’un coup, et nous nous agrippions au premier bout de corde venu. L’eau nous giclait un peu sur les bras et le vent soufflait fort dans nos oreilles.

+bateauDSC_1104

On avançait à côté d’elle, pendant qu’au loin apparaissait en permanence deux ou trois autres spécimens. Elle sortait un peu de l’eau, produisait un geyser d’air chaud et d’eau, puis elle redescendait sous l’eau en faisant apparaître sa queue un peu plus loin. Les petits calaient le pas sur le pas de leur mère et imitaient en tous points son comportement.

+bateauDSC_1065

Un baleine longea notre bateau quand le capitaine coupa sa trajectoire, le baleineau par contre décida de passer dessous. On le vit descendre un peu, et à travers l’eau translucide, on l’observait s’engager sous la coque. Le capitaine avait entièrement coupé le moteur, puis on se précipitait de l’autre côté pour le voir reparaître, avec l’appréhension qu’il ne contrôle pas sa remontée. Certainement qu’à un instant on aurait pu voir sa tête d’un côté et sa queue de l’autre.

Pendant une heure et demi, on parcourut les eaux de l’atlantique, passant d’un baleine à une autre.

Pour nous divertir autrement, le capitaine nous amena aussi vers une colonie d’otaries qui semblaient goûter un repos paisible avant notre arrivée.
Quand le bateau s’approcha, une femelle s’enfuit de la rive, en criant et en sautillant pathétiquement avec ses pieds joints.

+phoqueDSC_0957

Un mâle se réveilla et se précipita vers nous pour nous intimider. En le voyant courir on avait l’impression de revoir la publicité Royal Canin, mais avec un animal obèse et malhabile. Il se jeta à la mer dans une gerbe d’eau bruyante, puis, en profita pour aller faire un petit tour rafraîchissant.

Le bateau nous ramena ensuite au port, et on passa le reste de la journée à nous promener sur les rives de Puerto Pyramides. Les chiens errant se prenaient d’amitié pour nous, et couraient sur la plage en nous devançant et en se retournant, la langue pendante et les yeux pétillants.

+plagepuertopyramidesDSC_1207+plagepuerto pyramideDSC_1178

A un kilomètre du village, reposait sur la plage un cadavre de baleine, dont les ossements avaient été récupérés mais dont la peau restait à sécher.

+cadavrebaleineDSC_1180

De retour à Puerto Madryn, nous passions la soirée avec un couple d’allemands rencontrés dans le bus la veille, puis le lendemain nous partions pour la plage El Doradillo.

Cette plage, située à 16km de Madryn à la particularité d’être très rapidement profonde.
En arrivant l’impression est saisissante. Les baleines longent la plage, et depuis le rivage on les voit à une dizaine de mètres.

+vuedehautDSC_1291

+plagesDSC_1377

DSC_1339

+plagedoradilloDSC_0041

+plagesDSC_1374

DSC_1314

Blandine jubilait. Une baleine sautait et son petit l’imitait, tandis que plus proches, d’autres baleines se prélassaient, nageaient sur le dos, claquaient les nageoires à la surface des vagues et ondulaient lentement. Le temps semblait ne plus s’écouler et nous étions fascinés par ces masses énormes, ces monstres préhistoriques, ces mammifères pas sortis de l’eau, qui produisaient des gerbes d’eau et exhibaient leur tête en ignorant totalement notre présence.

+sautDSC_0055

+saut02DSC_0052

Dans la foulée, on longea la plage jusqu’au  musée. Un petit chien roux nous accompagna et ne lâcha pas pendant quelques kilomètres.

+muséeDSC_0083

+squellettebaptisteDSC_0071

Plus tard, on retrouva de nouveau les allemands dans un bar, et on termina la soirée à deux heures du matin avec six autres personnes qui s’étaient ajoutées à notre table.

Le lendemain nous n’avions formé aucun projet particulier.  On passa la journée à flâner dans la ville. Le soir, nous sommes restés longtemps au bout du ponton principal, le ciel devenait rose, puis orange, les baleines au loin continuaient leur vie, tout s’éteignait progressivement, et quand enfin il fit nuit, on partit préparer nos bagages, et on se coucha tôt, en attendant le long voyage vers Mendoza.

+cpoupchersoleilDSC_0039

+couchersoleilDSC_0027

+couchersoleilDSC_0053

4 septembre 2009

El Calafate, glacier, casino et hôtels pourris

Vers une heure du matin, après une journée de transport, plusieurs passages de frontières et un ferry qui nous fit quitter la grande île de la Terre de Feu, nous sommes arrivés à El Calafate.

Nous avions réservé une chambre dans un hôtel, de peur de ne rien trouver d’ouvert en arrivant si tard. Pourtant, à notre grande surprise, plusieurs personnes attendaient l’arrivée du bus, pancarte à la main pour faire la publicité de leur hôtel.

Nous, on s’est dirigé vers celui qu’on avait réservé. Le type nous attendait dans son entrée et semblait très amical. Tout paraissait bien dans cet hôtel jusqu’au moment où il a ouvert, au milieu d’un long couloir sans fenêtre, la porte de notre chambre. C’était une petit cellule de brique, dans laquelle deux lits étaient installés de part et d’autre. Il y avait une lampe au plafond, une petite fenêtre carrée en hauteur et une étagère au dessus d’un lit. On aurait cru à une reconstitution de cellule de prison, avec les barreaux en moins. Mais comme on était fatigués, on se dirigea vers la salle de bain, dont les portes ne fermaient pas, on fit notre toilette et on se coucha.

Le lendemain matin, découvrant avec stupéfaction qu’il n’y avait pas d’eau chaude et qu’internet ne fonctionnait pas, on partit en ville avec la ferme intention de trouver un autre hôtel.

On trouva rapidement notre bonheur dans le guide du routard. Une petite auberge, installée aux abords de la ville, près d’un camping et peu après une station-service. Le jeune type nous accueillit, quand on vint visiter, il nous présenta le dortoir qu’il nous réservait pour nous tout seuls, nous montra les parties communes. On était ravi et moins d’une heure après, nous étions de retour avec tous nos bagages.

On déposa nos bagages dans le dortoir qui nous était attribué, puis on partit faire quelques courses au supermarché et on réserva notre excursion du lendemain.

En pénétrant dans notre nouvel hôtel, apparut au fond du couloir une espèce de clochard, clope à la main, habillé d’un short sale, d’une t-shirt informe et de  tong au pieds. Il avait le physique de l’avocat dans Las Vegas Parano. Un gros porc puant qui jetais ses mégots dans les pots de fleurs et qui faisait sécher ses slips blancs et immenses dans la salle de bain. Ce type dormait dans la chambre jouxtant la nôtre.

En partant prendre ma douche je trouvais de la boue au sol et d’autres mégots au fond des toilettes. Mais en revenant je découvris le visage défait de Blandine. Les draps n’avaient pas été changés, et pire, le gardien de l’hôtel n’avait même pas pris la peine de refaire le lit. Il avait juste remis la couverture rapidement.

On tentait de se rassurer en se rappelant les économies merveilleuses que nous ferait faire deux nuit dans cet endroit. Mais l’odeur de la cigarette froide pénétrait dans la chambre, on sentait le clochard rôder autour de notre porte, et d’un coup, la saleté ambiante rejaillit sur nous comme un serpent bondit de sa boite.

Le petit jeune qui gardait l’hôtel m’annonça à ce moment là qu’il n’y avait pas internet depuis trois jours, qu’il ne le savait pas, et, dans un pur moment de grâce, me proposa de quitter l’hôtel.

Blandine et moi, véritablement dégoutés par l’état de ce taudis, décidions de repartir une nouvelle fois à la recherche d’un hôtel pas trop cher, et cette fois sans suivre le Guide du Routard.

On se dirigea un peu au hasard dans la ville, prenant des prospectus à la gare, et allant d’auberge en auberge. Après avoir visité un certain nombre de petite auberges de familles sentant la naphtaline, on se retrouva devant un petit hôtel très sympa.
On hésita à rentrer, sachant d’avance qu’il allait être trop cher et on en ressorti peu après avec le prix en travers de la gorge. L’endroit semblait vraiment agréable et calme, il y avait une petite salle pour boire le thé et tout paraissait parfait, seul le coût nous dissuadait.
On reprit notre recherche, mais déjà on se voyait en train de prendre le thé dans cette petite salle paisible tenue par ce jeune couple.
Il ne fallut pas cinq minutes pour qu’on se décide à faire une folie. La peur de ne rien trouver commençait à apparaître et il nous était devenu inimaginable de dormir dans la porcherie où nous avions laissé nos bagages.
Une demi-heure plus tard nous étions de retour, avec nos trois énormes sacs, dans la petite entrée. On prit une chambre, on posa nos affaires et on prit le thé.

Voilà comment on perdit une journée.

Le lendemain, nous partions pour l’expédition réservée la veille. L’attraction incontournable d’El Calafate, le Perito Moreno.

+perito

C’est un immense glacier, qui avance de deux mètres par jour en partie haute, qui gronde et vie en permanence. Il expulse ses blocs de glace trop vieux, qui tombent dans l’eau dans un bruit épouvantable. Contrairement à la majorité des glaciers dans le monde, le Perito Moreno ne connaît pas la crise et encore moins la récession. Il conserve la même taille depuis plus de cent ans.

+randoduretour

On le vit apparaître après une heure de route. On s’arrêta sur un point de vue qui l’embrassait dans son ensemble, puis on se dirigea vers un petit port depuis lequel nous embarquions sur un petit bateau.

Le bateau traversa la rivière, passant en contre-bas du mur de glace. De gros blocs flottaient dans l’eau, et nous guettions tous les parois verticales dans l’espoir de voir un bloc se décrocher.

On arriva de l’autre côté de la rive et on grimpa vers une petite station installée à proximité du glacier. Là, on chaussa des crampons sous nos chaussures de marche et après quelques rudiments techniques, on entama une petite marche sur le glacier lui-même.

+moui,vouslesavezenroses

Bon ça n’était pas l’ascension du siècle, mais on marchait sur le glacier, la glace craquait sous nos pas, et comme  pour une cordée, on marchait tous les uns derrière les autres.

+randovudeloin

+baptisterando

+alpinisme

On vit des crevasses sur les côtés, des petites flaques d’eau et des tunnels creusés dans la glace. Pendant une heure on marcha ainsi, puis peu de temps avant notre retour on s’arrêta à proximité d’une table, installée en plein-air.

+crevasse

Le guide sortit d’une grosse malle en bois, quelques bouteilles de Whisky et servit de larges verres. Ensuite il saisit son pieux et cassa de la glace, sur une petite parois avoisinante. Il remplit les verres de cette glace et nous les donna.

+oul'artdefairesemblantdeboire

Le verre fini, et complètement à jeun, seuls les crampons me gardaient debout pour finir la ballade.

Le reste de l’après-midi fut réservé à l’observation du glacier sur différents points-de-vue. Et cette attente se révèle passionnante. On reste accoudé à une rambarde à regarder les parois immobiles du glacier, nous yeux se promènent dans tous les sens, et d’un coup un petit grondement survient et un bloc se décroche et tombe dans l’eau dans un éclaboussement qui paraît tout petit vue de loin.

+ooohmygod

La vision de ce glacier était hypnotisante et quand l’heure vint de retourner au car, on repartit les yeux toujours fixés vers ce monstre de glace.

+encoreduglaçon

vuedelaranbarde

En revenant à El Calafate, on savait qu’il nous faudrait partir bientôt, pour continuer vers le nord. Pourtant on n’avait pas envie de quitter notre hôtel si agréable. Le hasard nous entendit et, à la faveur d’un problème de réservation de bus, nous étions contraint à rester une journée de plus dans cette petite ville.

Le soir on se rendit au Casino, sur la rue principale. A l’intérieur, ça sentait comme dans tous les casino du monde, et ça nous faisait repenser à notre voyage à Las Vegas. On se dirigea vers les machines à sous, et rapidement je perdis mon budget personnel.

Blandine était assise face à une machine qui faisait défiler des symboles Egyptiens. Et elle semblait avoir dompter la machine. Après un premier gain intéressant, elle décida de récupérer sa monnaie et la machine cracha pendant de longues secondes environ 200 pièces, puis Blandine rejoua tout, et la chance ne la quittait pas. Elle gagnait et multiplia rapidement sa mise initiale par six. Moi je la regardais assis sur le côté, comme un professeur dans un cour de piano.

L’heure tournait et il se faisait tard, mais Blandine et la machine fusionnaient, je tenais la chandelle, et j’avais beau essayer de convaincre Blandine de garder ses gains importants, elle ne cessait d’appuyer avec passion sur le bouton déclencheur. Heureusement, la fatigue eut raison d’elle et nous quittions le casino avec une coquette somme engrangée, pendant que la machine jouait une musique synthétique, dans l’espoir certain de voir revenir Blandine.

Se passa ensuite une journée où nous avons paisiblement profité du petit centre-ville de Calafate, nous avons mangé des glaces, puis sommes allés restaurant, puis nous retournions à l’hôtel profiter de l’ambiance calme et chaleureuse.

Le temps passa vite et le lendemain nous montions à bord d’un nouveau bus, en direction de Puerto Madryn. Là-bas, les baleines nous attendaient, et nous étions impatients de les rencontrer.

1 septembre 2009

Ushuaia

+frontiere

Malgré toutes les craintes qu’on pouvait avoir, il ne fait pas si froid que ça à Ushuaia. Bien que la pluie et le vent soient très présents, ce n’est pas la Sibérie.

Notre petit hôtel était assez loin du centre-ville, et marcher sur les trottoirs ressemblait à une épreuve d’Intervilles. Les chiens cloîtrés dans les jardins grognent derrière les grillages, alors que ceux en liberté n’hésitaient pas à se ruer vers nous en aboyant pour nous chasser de leur territoire miteux. Le goudron crevassé étaient remplis d’eau et de boue et parfois quelques petites plaques de verglas s’y dissimulaient. On avançait en déséquilibre permanent, les voitures nous éclaboussaient en rasant les bords de la route, et on avait les bas de pantalons marrons.

Mon genou n’était pas encore remis et j’en étais rendu à envisager d’aller à l’hôpital pour voir ce qui clochait. Mais comme j’appréhendais la paperasse, les coûts exorbitants et l’attente infinie dans une salle blanche, nous avons préféré monter sur un bateau pour naviguer dans la canal de Beagle.

Le Canal de Beagle est une frontière naturelle. Il y a au nord l’Argentine avec Ushuaia et au sud le Chili avec Puerto Williams et Puerto Toro, le vrai village la plus au sud du monde. Ce Canal est situé à 100km au nord du Cap-Horn.

+ushuaia vu mer

Le petit bateau  touristique que nous avions choisi, nous conduisit jusqu’au phare des Eclaireurs rayé de blanc et de rouge, emblématique d’Ushuaia et de la terre de feu. On le contourna, on s’arrêta à proximité de ce petit appendice coloré.

+ phare

Ensuite le bateau se dirigea vers  les colonies de cormorans et de lions de mer installés sur les petites îles alentours. Ca sentait fort la marée et les lions de mer nous ignoraient depuis leur petite îlot, alors que les cormorans préparaient leurs nids pour la saison des amours.

+phoques

Le temps était au beau fixe, l’eau était calme et notre bateau devait certainement passer au dessus de nombreuses épaves de bateaux qui avaient tenter de traverser ce canal pas toujours profond afin d’éviter le Cap Horn.

+arret surile

On débarqua sur une petite île au large d’Ushuaia, où demeurait les traces au sol d’une case Yaghan.
Les Yaghan était le peuple indigène qui construisait des cabanes avec des branchages et des feuilles. Malheureusement le climat étant très humide, les maisons subissaient de grosses infiltrations. Alors pour se protéger et se réchauffer, ils s’enduisaient le corps de graisse de lion de mer et vivaient entièrement nus.

+vudepuis l'ile

Bien entendu, lorsque les premiers aventuriers arrivèrent, ils virent ces gens à poils alors que eux se gelaient terriblement dans leurs habits pleins de frou-frou. Ca a du leur faire un peu pitié et puis ca devait sacrément les gêner de voir ces femmes nues toute la journée. Alors à défaut de les éduquer, ils leurs offrirent des vêtements pour les réchauffer. Les enfants étaient déguisés en poupées, les femmes portaient de longues robes amples et les hommes n’avaient pas l’air dégourdis face aux photographes. Les Yaghan devaient certainement avoir chaud mais les vêtements prirent l’humidité. Ils moururent en masse de grippes et d’autres maladies. Il paraît qu’il n’y a plus qu’un descendant, très vieux, au Chili, à Puerto Toro.

En repartant vers Ushuaia, le capitaine dévoila une tireuse à bière encastrée a côté du lavabo du bateau. On but une bière locale dans de grosses chopes en regardant s’approcher la ville, alors qu’un vieil allemande nous racontait son voyage en Amérique dans un combi Volkswagen. Ushuaia était surplomblé par des monts enneigés derrière lesquels partait se cacher le soleil.

+ baptiste bateau

A Ushuaia,  les premiers colons envoyés furent principalement des prisonniers volontaires. A tel point qu’il exista un véritable projet de colonie pénitentiaire, incitant les familles de prisonniers  à venir s’installer dans les alentours. Ce fut un échec complet et le projet fut rapidement abandonné, mais il demeure aujourd’hui la prison d’Ushuaia, qui après avoir fonctionné jusque dans les année 60, est maintenant un musée.

+ muséenotre hotel

On s’y rendit alors que la pluie battait fort à l’extérieur. L’entrée était sobre et la façade ne laissait pas voir l’architecture en étoiles du bâtiment. L’intérieur est un véritable fourre-tout, qui parle de la prison elle-même, des prisonniers, de l’histoire navale du pays, de l’antarctique et d’Ushuaia.
Chaque sujet est installé sur l’une des tentacule de la prison, et on pourrait passer des heures à longer les couloirs. Les pièces exposées sont installées dans les cellules dont les portes sont encore présentes.

+baptisteetle prisonnier

On traversa la première artère avant d’arriver au coeur du bâtiment, d’ou partent toutes les branches. Il faisait un froid de mort à l’intérieur. La pluie tambourinait sur le toit et les murs fatigués suffisaient à comprendre l’horreur du lieu.

Cette promenade dans les couloirs d’une prison était au début entraînante, mais on avait un plan de la prison en main, et c’était hyper facile de s’évader. On était loin de Prison Break, en plus j’ai pas de tatouage. Le froid, le bruit et la pâleur du jour eurent raison de notre enthousiasme et on en ressortit dans une grande respiration, alors que la pluie se calmait petit-à-petit.

+musée enfin ttranquille

Libres, on partit se promener sur le port, pour observer les brises-glaces, rouges et immenses.
Puis on se dirigea vers un restaurant sur le front de mer, pour manger de l’araignée de mer.

Dans l’entrée il y avait un aquarium dans lequel ces énormes crabes difformes attendaient, en agitant frénétiquement leurs mandibules. Quelques instants plus tard, il y avait un de leur compagnon, découpé dans nos assiettes.

+l'araignée

On accompagna notre repas d’un vin blanc argentin qui nous réchauffa suffisamment pour partir dans l’heure en antarctique, mais raisonnablement on ne tenta pas de voler un brise-glace, l’entreprise eut été foireuse, et on retourna à notre hôtel.

bateauenpartance pour l'antartique sans moi

+blandineetl'antarticunjourpeutetre

On ne s’attarda pas trop longtemps à Ushuaia et on décida, après deux jours sur place, de repartir rapidement un peu plus au nord vers El Calafate.

Après quatre mois de descente on entame notre remontée avec le plaisir de retrouver bientôt un peu de chaleur.

maté

DSC_0823

DSC_0784

DSC_0736

DSC_0694

DSC_0666

DSC_0588

DSC_0088

DSC_0040

30 août 2009

Des glaciers, Punta Arena vite fait et en route pour Ushuaia

J’ai intégré dans l’article “Un cargo pour la patagonie”, une vidéo prise depuis notre cabine.

+puerto natales ensemble

Nous avions précipité notre départ en randonnée dans le parc de Torres del Paine afin de pouvoir participer le dimanche à la journée en bateau aux glaciers Balmaceda et Serrano. Pourtant on aurait bien aimé faire la grâce matinée après ces quatre jours intensifs, mais le bateau partait à huit heures, alors on se leva deux heures en avance, les jambes lourdes et les paupières mi-closes.

+rue puerto.jpg_0528

Le port d’embarcation s’appelait Puerto Bories. Personne n’a réellement su me dire qui était ce fameux Carlos Bories, dont le nom est omniprésent à Puerto Natales, mais plus grave, personne n’a su me dire pourquoi il y avait cet inadmissible « s » à la fin de Borie.

+muette puerto natales

Le petit bateau était rempli d’une vingtaine de touristes principalements hispanophones. Blandine et moi nous étions installés un petit peu à l’écart, sur la seule banquette sans vis-à-vis.

Nous avançions dans les fjords, dehors il faisait un ciel bleu mais un froid glacial limitait nos sorties sur le pont.

Avant d’atteindre le premier glacier, le bateau fit un arrêt pour nous montrer trois ou quatre otaries qui dormaient nichées dans les creux d’un falaise. Elle sortaient la tête de leur petite cachette avec inquiétude et voyaient devant elles un amas humain, agglutiné à la rambarde du bateau, qui stagnait à quelques mètres de leur petit nid.

+ phoques

+blandine bateau

On atteignit le glacier Balmaceda, après trois heures de navigation. Le bateau fit un passage à proximité. Ce glacier, comme beaucoup d’autre, semble accuser le coup du célèbre Réchauffement Climatique. Ce glacier dont les pieds touchaient l’eau il y à encore cinquante ans à réduit comme peau de chagrin, et quand on le voit on ressent la même peine qu’à la fin d’une saison de ski, quand la neige fond et laisse apparaître une terre boueuse.

+glace fondu

Rapidement nous repartîmes vers Serrano. Ce glacier est enfoncé dans une baie quasiment refermée, une petite bulle d’eau, un anévrisme des fjords. Alors pour l’atteindre on débarqua puis on marcha jusqu’à un point de vue.
On arriva vers ce glacier qui s’étendait loin vers les sommets. On resta un long moment à l’observer. Le bleu profond se mélangeait au blanc de la neige. Dans l’eau en contre-bas, d’énormes glaçons flottaient et tout ça demeurait immobile au centre d’un cirque verdoyant.

+borie autre glacieer

Lorsqu’on remonta sur l’embarcation,  les serveurs avaient disposé dans des verres de la glace du glacier et versèrent dessus du Pisco, l’alcool local à base de prune, qu’ils nous offrirent en guise d’apéritif.

+verre

Le bateau avançait tranquillement. Blandine et moi comme d’accoutumé, nous parlions, de tout de rien, nous médisions sur certaines personnes dans le bateau et l’alcool amplifiait insidueusement nos expressions faciales. Une fille devant nous, retenait notre attention plus que les autres. Elle avait un physique tellement ingrat et une coupe de cheveux tellement étrange qu’elle occupa un bon moment de nos conversation. J’expliquais à Blandine qu’elle me faisait penser à un Gremlins déguisé en femme. Elle était assise juste devant nous et parlait en espagnol avec le petit groupe de son carré.

Soudainement, un type se leva d’une table situé dans notre champ de vision et se dirigea vers nous avec précipitation. Il tenait à la main un sachet en plastique qu’il nous tendit. A l’intérieur il y avait d’énormes lambeaux de viandes séchées. Pendant que nous parlions, nous l’avions regardé, et il avait pensé que nous nous posions des questions sur ce qu’il mangeait. Il nous en offrit, et malgré l’aspect qui faisait penser à des lambeaux de chairs arrachés à un cadavre en décomposition, c’était plutôt bon.

On le remercia et on reprit nos conversations toutes moins intéressantes les unes que les autres.

Quelques instants plus tard la tablée devant nous se retourna et l’une des personnes nous posa une question. Le Gremlins se retourna et nous regarda d’un oeil franc, pendant que l’autre regardait dans le vide. Elle rajusta sa perruque blonde et nous dit « Si vous voulez je parle français ». Sans accent. On resta un instant bloqué puis on répondit à la question en espagnol, en ignorant avec gêne la proposition de traduction.

Finalement,  le bateau s’arrêta à proximité d’une grande estancia perdue dans les fjords, pour qu’on aille manger.
Dans la petite salle de restaurant on mangea, en compagnie d’une tablée de brésiliennes, une parilla. Les morceaux de viande grillés étaient posés sur la table et nous nous servions largement. Sans le savoir et sans même l’attendre, nous avons eu ce jour là notre meilleur repas au Chili.

estancia arbre

Le bateau reparti et en fin de journée nous étions de retour à Puerto Bories. Et ce « s » à la fin de Borie était définitivement vulgaire.

Le lendemain on sauta dans un bus en direction de Punta Arena. On n’avait aucune idée de ce que nous allions y faire, mais ça constituait une escale logique sur la route de Ushuaia.

En arrivant à destination après quatre heures de bus, on sélectionna notre pension de famille parmi les propositions des rabatteurs venus tout spécialement nous harceler à la descente du bus, puis on monta dans un minibus.
On prit possession de notre chambre  puis on partagea le thé avec tous les hôtes. La logeuse était accoudée à notre table et comptait ses sous, une clope à la bouche et le jambes croisées, afin de vérifier que tout le monde avait payé sa nuit. On mangea quelques pâtisseries apportées par des  personnes d’Ushuaia et un petit garçon nous prit en photo avec son appareil, comme pour garder la preuve qu’il avait bien vu des gens d’ailleurs.

A Punta Arena on n’a rien fait. Rien du tout. La réserve de pingouins était fermée et la ville n’a aucune charme. Alors on a réservé notre voyage pour Ushuaia et on marcha longuement dans la ville, grise et défoncée.

Le jour suivant, on passa après plusieurs heures de route un bac qui nous fit traverser vers la grande île de Terre de Feu, puis on passa la frontière de l’Argentine. Nous alternions routes défoncées, routes asphaltées et  pistes de terre. Le bus, quasiment vide, avança jusqu’à la gare routière de Rio Grande, puis il fallut attendre un autre pour faire la dernière portion de route vers Ushuaia.
La gare routière était déserte. Il n’y avait aucun bus garé et on attendit avec cinq autres personnes notre correspondance.
Un minibus arriva rapidement, tourna en se penchant, comme si le conducteur espérait pouvoir toucher de sa main le sol, puis s’arrêta net devant nous. Le chauffeur sortit d’un bond de son véhicule et salua les employés de la gare en tendant l’index  vers eux, un large sourire jaunâtre accroché aux lèvres. Il avait le catogan crasseux et le teint poussiéreux.

L’intérieur du véhicule sentait la maison abandonnée. Des litres de sueurs avaient du être absorbés par le siège du conducteur, ça sentait la mort, la poussière, le vomi et la crasse. Un anglais mangeait frénétiquement des chips à ma droite et je voyais devant moi le pare-brise fendu.
La nuit tombait et la route dura trois heures sur des chemins cahoteux. Le chauffeur fonçait, collait aux camions et les dépassait en faisant hurler son moteur. Nous étions poussés vers la droite, vers la gauche, l’odeur nous envahissait le crâne. La neige avait été poussé sur les bords de la route, formant des amas de deux mètres, comme des petites falaises qui menaçaient de s’effondrer.

Le bus nous déposa au abords d’une station d’essence, il était 22 heures, nous n’avions pas la moindre idée d’hôtel, il n’y avait pas de rabatteur et la ville s’étendait devant nous, chargés avec nos trois énormes sacs lourds comme des enclumes. Alors on suivit un couple d’anglaises et on partagea le taxi avec elles pour se rendre dans l’hôtel qu’elles connaissaient.

On venait d’arriver à Ushuaia, tout en bas du continent. A peine à 300 km de l’antarctique. Et avant même d’en avoir vu quelque chose, on partit se coucher.